logoLeft2Prendre la pilule ? Se faire poser un stérilet ? Soooooo 20e siècle ! La cryogénisation des ovules pourrait devenir la prochaine révolution en matière de « un bébé quand je veux ! ». Un article publié dans l'hebdomadaire néérlandais Vrij Nederland, et repris par Courrier International (nous ne lisons malheureusement pas encore le néérlandais dans le texte), offre un passionnant reportage dans le laboratoire de fécondation du Centre médical universitaire de l'Université d'Amsterdam, et fait le point sur cette nouvelle technique de préservation de la fertilité.

Depuis quelques années, explique l'hebdomadaire, certaines équipes médicales dans le monde proposent aux femmes atteintes d'un cancer et qui doivent subir un traitement qui pourrait les rendre stériles, de congeler leurs cellules sexuelles et de les cryoconserver, dans l'espoir de pouvoir les utiliser plus tard, si elles souhaitent avoir un enfant. « Le recours à cette technique se développe avec une rapidité fugurante », relève le biologiste interviewé.180px_Gray3

D'autant plus fulgurante qu'il « existe un groupe bien plus nombreux de femmes qui espèrent beaucoup de cette technique: les trentenaires célibataires désirant avoir des enfants ». Comprenez des célibataires en bonne santé, sans indication médicale donc, mais qui angoissent à l'idée de voir leur fécondité diminuer avec l'âge (en général, après 35 ans, c'est le grand plongeon). C'est pourquoi le Centre médical universitaire d'Amsterdam a décidé de s'ouvrir prochainement à cette catégorie de femmes, autant dire que ça représente du monde !

Il faut vivre avec son temps diront certaines. Nos grand-mères cherchaient un moyen de ne pas « tomber » enceinte à chaque coup, nos mères ont obtenu le droit à la contraception (et nous les en remercions). Aujourd'hui, il est de plus en plus fréquent de voir des femmes frisant la quarantaine, prises par leur carrière ou n'ayant pas trouvé le père, déboussolées à l'idée d'avoir sauté la case bébé... Alors pourquoi ne pas se mettre quelques dizaines d'ovocytes au chaud, enfin plutôt au froid, en attendant le bon moment professionnel (la retraite ?), et surtout d'avoir trouvé Mister Right (parce que dans l'histoire, il faut encore un père). Pourquoi pas en effet doivent se dire de plus en plus de femmes si l'on en juge par les listes d'attente dans certaines cliniques américaines qui facturent tout de même près de 10 000 dollars pour une cryoconservation.

Dans le monde, « 900 bébés sont déjà nés d'un ovule congelé et les premières études ne constatent aucune anomalie chez ces jeunes » souligne l'hebdomadaire. La cryogénisation d'ovules a beau avoir énormément progressé, on manque encore de recul. Et évidemment, cette technique ne va pas sans poser de questions. Ponctionner les ovocytes d'une femme nécessite un traitement médical lourd (loin de nous l'idée de dévaloriser le don de sperme, mais on est loin de la revue de charme et des pensées grivoises là)… Et jusqu'à quel âge l'autoriser à utiliser ses ovules congelés ? Est-ce une bonne chose de passer d'une procréation médicalement assistée à une procréation « socialement » assistée ? L'Italie, la Belgique, le Japon, les Etats-Unis : de plus en plus de pays s'y sont mis, parfois de façon très encadrée, parfois en laissant la porte ouverte à des dérives éthiques et commerciales.

En France, où la cryogénisation des ovules reste interdite, même pour des femmes atteintes d'un cancer, des voix commencent à s'élever en sa faveur. De la même façon qu'on traite la stérilité, pourquoi priver des femmes de la possibilité de préserver leur fertilité, y compris les bien portantes mais qui voient leur réserve d'ovocytes diminuer de façon problématique avec l'âge ? Pas sûre que la société française soit mûre pour franchir le pas. On est encore loin en tout cas de la campagne d'information que les responsables du Centre médical universitaire d'Amsterdam envisagent de lancer aux Pays-Bas: « Mesdames, en cas de nécessité, faites congeler vos ovules ! »